«La ‹Carte de l’aléa ruis­sel­le­ment› sa­luée à l’étran­ger»

InterviewArchives

Avec la «Carte de l’aléa ruissellement», la Confédération et les assureurs ont comblé une lacune importante en matière de prévention des risques liés aux crues. Chef-adjoint de la section Gestion des risques auprès de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) et initiateur du projet, Roberto Loat se félicite de l’écho favorable rencontré par la carte, même au delà des frontières, et explique comment les villes peuvent désormais mieux se protéger contre le ruissellement.

Monsieur Loat, voilà un an que vous avez publié la «Carte de l’aléa ruissellement», fruit d'une coopération avec l’Association des établissements cantonaux d’assurance contre l’incendie AEAI et l’Association Suisse d’Assurances ASA. Où en sommes-nous aujourd’hui?

Roberto Loat: La carte s’est diffusée à une rapidité inattendue et elle est très appréciée des cantons. Sept cantons l’ont déjà intégrée dans leurs données de base sur les dangers. Certains cantons et communes sont en train de définir des projets concrets afin de se protéger contre l’aléa ruissellement. En principe, ces projets visent à canaliser l’eau qui s’écoule librement ou à la détourner afin qu’elle ne provoque pas de trop gros dommages. C’est aujourd'hui possible puisque nous connaissons désormais les voies d’écoulement de l’eau grâce à la carte.

Porträt Roberto Loat

Roberto Loat, chef-adjoint de la section Gestion des risques auprès de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV)

Les propriétaires immobiliers ont-ils connaissance de la carte?

Je constate que la carte a nettement contribué à sensibiliser la population aux risques de l’aléa ruissellement – les particuliers se tournent vers les services cantonaux et communaux compétents pour savoir comment se prémunir contre l’aléa ruissellement.

Les médias aussi prennent davantage conscience de ce phénomène: ils évoquent de plus en plus souvent le ruissellement lorsqu’il est question d’inondations et de crues. Ceci contribue à son tour à accroître la prise de conscience de la population face aux dommages pouvant être provoqués aux bâtiments et à leur contenu par le ruissellement.

Les services cantonaux dédiés aux risques naturels ainsi que les compagnies d’assurances ont également enregistré une certaine progression de cette thématique depuis le lancement de la carte. Ce phénomène est très positif: car, du fait de leur proximité avec le client, les assureurs sont les mieux à même de contribuer à ce que les personnes éventuellement concernées clarifient leur exposition au risque de ruissellement grâce à la carte et prennent ensuite des mesures de prévention correspondantes.

La «Carte de l’aléa ruissellement» est une œuvre de pionnier: des pays étrangers, par exemple la Grande-Bretagne et l’Autriche, se sont montrés intéressés lors du lancement de la carte. Des projets similaires sont-ils menés à l’étranger? Avez-vous prévu des coopérations?

Notre projet a surtout suscité l’intérêt de l’Allemagne, de l’Autriche, de la Norvège et dernièrement celui des Etats-Unis. La carte a pu être réalisée rapidement et à moindres coûts, elle couvre l’ensemble du territoire et est librement accessible en ligne. Elle est de très bonne qualité comme en témoignent sa fiabilité au regard des derniers événements survenus. C’est la raison pour laquelle, il s’agit d’un véritable outil de prévention. Elle est convaincante et éveille l’intérêt des pays étrangers. Nous avons été invités à un grand nombre de séminaires dans différents pays pour présenter la carte. 

Que va-t-il se passer maintenant? D’autres projets sont-ils prévus pour se prémunir contre le ruissellement?

Oui, et de nouveau dans le cadre d’un partenariat public-privé avec les assureurs. Nous sommes en train de produire des films de sensibilisation consacrés à la prévention contre les risques naturels. Ceux-ci s’adressent aux particuliers et leur montrent comment protéger leur maison et leur mobilier des risques naturels à l’aide de moyens simples et bon marché. Ces films parlent aussi du ruissellement.

Par ailleurs, nous menons actuellement des discussions avec des spécialistes et des décideurs sur de futures mesures de protection contre le ruissellement dans les zones urbaines. Au cours des prochaines années, nous nous attendons à une hausse de 20 pour cent des épisodes de fortes précipitations. Les villes sont alors particulièrement exposées. La carte permet de voir quelles modifications urbanistiques et architectoniques permettent d’absorber des masses d’eau subites et importantes. Par exemple, si des espaces bétonnés sont transformés en espaces verts et que l’eau de pluie est retenue dans des étangs temporaires, cela réduit sensiblement l’aléa ruissellement. Et – effet secondaire non négligeable – cela contribue aussi à la lutte contre la hausse des températures en milieu urbain.