L'importance économique de l'assurance

Albert Lauper, Président de l'ASA

Albert Lauper, Président de l'ASA

Albert Lauper
Président de l'Association Suisse d'Assurances ASA
Conférence de presse, 21 janvier 2004
Hotel Savoy Baur en Ville, Zürich

Seul le texte prononcé fait foi

 

Mesdames, Messieurs,

Au nom de l'Association Suisse d'Assurances ASA, je vous souhaite une cordiale bienvenue à notre conférence de presse de ce jour. Je vous remercie aussi de l'intérêt que vous portez à l'assurance privée de notre pays.

Pour nous autres assureurs, 2003 a été une année d'une exceptionnelle importance. Après les chiffres plus que rouges des comptes 2002, de nouveaux résultats négatifs des comptes techniques et des revenus des capitaux n'auraient pas manqué d'ébranler sérieusement un grand nombre d'assureurs. Il était donc inévitable d'agir rapidement. De nouvelles dotations en capital ont parfois été nécessaires. Des groupes se sont défaits de certains secteurs, surtout dans les marchés étrangers. Les stratégies commerciales ont été revues et les structures de direction optimalisées. Des mesures d'assainissement ont été prises dans diverses branches et, malheureusement, il a fallu ici et là procéder à des réductions de personnel. Il n'en fallait pas davantage pour que cela fasse la «une» des journaux.

Au cours de ces dernières 2-3 années, les médias ont, d'une manière générale, réservé un large écho aux faits et gestes de l'assurance privée. Depuis quelque temps, notre secteur économique se voit confronté à des risques qu'il n'a guère connus autrefois sous cette forme et dans une telle mesure et qui mettent notre Risk Management à rude épreuve; je pense ici à la menace terroriste qui s'est nettement accrue. Suite au 11 septembre 2001, les assureurs suisses ont examiné attentivement les problèmes afin d'arrêter un nouveau concept pour la couverture des risques dus au terrorisme. Je pense ensuite au fait que les catastrophes naturelles telles que les inondations ou les tempêtes et ouragans ont notablement augmenté. Les modifications climatiques sont source de graves préoccupations pour les assureurs et les réassureurs. Nous sommes heureux de disposer, dans notre pays, d'une assurance pour la couverture des dommages causés par les forces de la nature qui fonctionne bien. Je puis, dans ce contexte, relever que l'assurance prévoit d'étendre cette couverture des dommages naturels à la couverture des tremblements de terre.

Par ailleurs, ce sont en particulier les questions afférentes au 2e pilier de la prévoyance-vieillesse qui ont beaucoup fait parler d'elles. Le considérable recul enregistré par les bourses des actions depuis bientôt 3 ans a mis en lumière quelques problèmes qui étaient jusqu'ici restés en quelque sorte bien cachés. On s'est vus obligés, tant dans les milieux de l'assurance que dans un large public, de remettre fondamentalement en question les données de base pour les affaires LPP. Un résultat des controverses nées à ce sujet est patent: les conditions-cadre en ce qui concerne le taux d'intérêt minimal et le taux de conversion se sont de plus en plus écartées des réalités économiques. La première révision de la LPP, acceptée en septembre par le Parlement, a rectifié quelques paramètres. Monsieur Joe Bättig, président du Comité Vie de l'Association Suisse d'Assurances, vous fera connaître l'appréciation que nous portons sur cette révision.

En ce qui concerne la surveillance des assurances, un thème naturellement central pour notre branche, on ne connaît pas encore quelle sera sa nouvelle orientation. Les délibérations sont déjà en cours au sein de la commission compétente du Conseil national. Je pars de l'idée que nous pourrons, l'année prochaine, vous présenter les principales idées directrices de la nouvelle surveillance des marchés financiers. Il est intéressant de relever à ce propos que le concept d'une surveillance intégrée a été lancé – en Suisse comme à l'étranger – à un moment où «bancassurance» (ou concept financier global) était le mot magique. Et maintenant, après quelques années de délibérations au sein des commissions d'experts et du Parlement, nous allons être dotés d'une surveillance transformée de fond en comble, bien que l'on admette généralement que «bancassurance» s'est soldée par un échec.

Nous voudrions aujourd'hui, et indépendamment de la LPP, mettre en discussion un autre sujet actuel: la question des primes d'assurance spécifiques selon le sexe. La question fait l'objet de vives discussions au sein de l'UE, mais une motion est aussi en suspens au Parlement fédéral. Monsieur Lucius Dürr, directeur de l'ASA, mettra en évidence la problématique d'une interdiction de primes différenciées, adaptées au risque. Pour nous, assureurs, et plus particulièrement pour les assureurs de personnes, la question revêt une grande importance.
 

Améliorer la transparence

Une partie de l'assurance privée a malheureusement parfois fait les gros titres de la presse dans un contexte fâcheux. Je n'y reviendrai pas plus en détail. Nous avons senti que l'assurance privée y a quelque peu perdu de sa crédibilité. Une constatation particulièrement inquiétante pour une branche dont l'existence dépend de la confiance que preneur d'assurance et assuré lui accordent – soit, en fait, de l'ensemble de la population. Nous devons faire davantage pour promouvoir une meilleure transparence. Ainsi que vous le savez, un processus visant à améliorer l'information des assurés dans le secteur de la LPP a été mis en route. Monsieur Bättig mettra aussi cet aspect de la question en lumière.

En tant que branche, nous devons aussi renforcer nos activités en matière de communication. Ce n'est que quand le public comprendra pour le moins les bases essentielles de nos affaires que la discussion deviendra moins émotionnelle. L'assurance est certes une activité abstraite, le calcul de primes adaptées au risque est une affaire compliquée, de même que la détermination des réserves nécessaires et d'autres choses encore. Ceci ne saurait toutefois être une raison de pratiquer une politique d'information par trop réservée ou passive. Même si, au cours de ces derniers mois, on a mieux compris les tenants et aboutissants du deuxième pilier, nous sommes conscients à l'ASA que de gros efforts sont encore nécessaires pour combler le déficit de crédibilité évoqué tout à l'heure.

Un mot encore à propos des gros titres négatifs de la presse. Vous ne devriez pas perdre de vue l'importance de l'assurance privée dans une société hautement développée comme l'est la Suisse. Aussi, par exemple, comment la forte mobilité automobile pourrait-elle être maintenue si l'on songe que rien qu'en 2003 les dommages matériels et les préjudices corporels ont bien coûté 3 milliards de francs? Qui pourrait encore exploiter une PME si les dommages dus à l'incendie et à d'autres éléments naturels n'étaient pas assurés? Comment le développement, la recherche et la production pourraient-ils se poursuivre dans l'industrie si les divers risques de responsabilité civile et portant loin dans le futur ne pouvaient être couverts? Le développement économique n'est pas concevable sans assurances.

Fonctions importantes de l'assurance privée

Je voudrais en outre rappeler le rôle important que joue l'assurance dans notre système de prévoyance global. Les assureurs privés assument, en plus des caisses-maladie et de la SUVA, une fonction marquante dans l'assurance maladie et accidents. Il en va de même pour la prévoyance-vieilllesse et invalidité. Même si des adaptations s'imposent actuellement, nous restons convaincus que le système de la sécurité sociale en Suisse, largement soutenu par l'assurance privée, constitue un modèle promis à un bel avenir.

Comptant 45'000 collaboratrices et collaborateurs et créant de considérables plus-values économiques, l'assurance se range, en Suisse, parmi les plus importants secteurs économiques. Les assureurs jouent de plus un rôle important en tant qu'investisseurs institutionnels sur le marché des actions et celui des capitaux. Ils se sont par ailleurs fortement engagés dans la construction privée de logements. Je tiens donc à rappeler, une fois encore, ces fonctions économiques et sociales de l'assurance privée, qui ont été un peu oubliées ces derniers temps.

Et ce sera tout pour mon introduction. J'en arrive maintenant au regard rétrospectif que le président de l'Association jette traditionnellement sur l'exercice écoulé. Où en sommes-nous à la fin de l'année 2003? Comment ont évolué, l'an dernier, les facteurs centraux de nos affaires, les primes, les produits financiers, les sinistres, les coûts? Sur quels résultats commerciaux peut-on compter? Comment se présente la situation de l'emploi? Et, enfin, comment évaluons-nous les perspectives de notre branche? A l'accoutumée, je me concentrerai sur les affaires directes suisses et n'évoquerai qu'en passant l'activité à l'étranger de nos compagnies à vocation internationale. Il en ira de même en ce qui concerne les affaires de réassurance. Les conférences de presse de chaque groupe vous fourniront des informations exhaustives sur ces secteurs.

Renversement de tendance?

Il y a 3 ans, Hansjörg Frei, qui assumait avant moi la présidence de l'ASA, a pu, en évoquant l'exercice 2000, parler encore de résultats positifs dans l'ensemble, bien que quelques nuages noirs se soient déjà profilés à l'horizon. Pour l'exercice 2001, on parlait déjà d'un contexte difficile et d'un recul des résultats, et, en 2002, cette évolution regrettable était manifeste; pour cet exercice, les compagnies membres de l'ASA présentaient, en ce qui concerne les résultats globaux des groupes, des déficits de 12 milliards de francs en chiffre rond. En bref, une chose est claire: les bilans portent encore les traces profondes des dernières années.

L'assurance a-t-elle renversé la tendance en 2003? Une réponse définitive serait prématurée. Certes des signes positifs sont évidents: il semble que nous soyons sortis des pires turbulences, en partie, ce qu'il faut reconnaître, par suite d'un contexte nettement plus favorable sur les marchés financiers.

De grands défis attendent cependant l'assurance. Sa solidité financière a subi des dommages. Certains paramètres des affaires LPP ne correspondent toujours pas à la réalité. Dans plusieurs secteurs, les résultats techniques sont toujours négatifs et, sur les marchés financiers, il faut s'attendre à une volatilité accrue (à ce propos, j'attire l'attention sur les conséquences que pourrait avoir un relèvement abrupt des taux d'intérêt).

Les thèmes ci-après continueront à être prioritaires:

Poursuite du développement, c'est-à-dire des soins à apporter à un Risk Management hautement développé 

«Hard Market» en assurance non-vie

Permettez-moi d'en venir à l'évolution du volume des affaires. Je souligne à ce propos que ce que je vous dis repose sur les premières estimations de l'Association sur base d'une enquête auprès des plus importantes compagnies. On ne disposera qu'ultérieurement de chiffres précis. Si douloureuses que les évolutions des marchés financiers aient pu être, elles ont, dans une certaine mesure, eu un effet secondaire positif en incitant à réformer l'Underwriting. Nous connaissons actuellement, dans diverses branches non-vie, ce que l'on nomme un «Hard Market». Les assureurs se trouvent maintenant en meilleure position pour imposer des tarifs adaptés au risque. L'assurance des véhicules automobiles et l'assurance de choses pour les clients privés en sont des exemples. La situation s'est notamment améliorée dans l'assurance d'entreprises où l'on a enregistré pendant des années une véritable course aux rabais, les réalités actuarielles ayant finalement prévalu dans de nombreux cas. L'assurance responsabilité civile s'est aussi développée de manière positive. Nous partons de l'idée qu'en affaires suisses directes non-vie les recettes de primes 2003 devraient s'être accrues de 5% en chiffre rond. Le transparent illustre l'évolution des primes non-vie au cours de 10 dernières années.

Sur base des premières estimations de l'Association, on peut, pour la plupart des compagnies et branches du secteur non-vie, escompter une évolution favorable du cours des sinistres. En 2003, la Suisse n'a pas enregistré de très gros dommages dus aux éléments naturels. Et en assurance des véhicules automobiles, qui représente quand même un quart des affaires non-vie, la situation a cessé de se dégrader. Reste naturellement que les coûts des soins sont toujours un sujet de préoccupation et le grand nombre des absences dues à la maladie charge considérablement l'assurance d'indemnités journalières de maladie – un secteur d'affaires important de l'assurance privée.

La résistance des affaires LPP

Comment apprécier l'évolution que l'assurance-vie suisse a connue l'an dernier? La réponse générale est: pas brillante mais «cela a passé». Ces derniers temps vous avez lu – et en partie aussi écrit – des articles relatifs aux problèmes que présentent les affaires LPP. Divers fournisseurs se sont partiellement ou totalement retirés de cet important marché – en 2002 le volume des primes se chiffrait à 23,3 milliards de francs – tandis que d'autres pratiquent une politique de souscription très réservée et sélective. On peut ainsi constater que les caisses de pension autonomes – qui bénéficient partiellement d'un statut juridique privilégié dans le système suisse de la prévoyance professionnelle – ont pu renforcer quelque peu leur position. Et cependant, l'assurance privée s'est, dans l'ensemble, bien comportée. En affaires vie collectives nous estimons que les recettes de primes resteront inchangées. Cette relative résistance des affaires LPP de nos compagnies membres a, ici et là, suscité une certaine surprise. De fait, nos clients ont en règle générale bien compris et accepté que les primes de leurs contrats devaient être ajustées. Par ailleurs, il y a naturellement toujours des contrats dont les prestations sont augmentées, ce qui génère des primes plus élevées. De plus, le volume des salaires 2003 devrait s'être légèrement accru. Enfin, même en des périodes économiquement difficiles, de nouvelles entreprises sont créées, ce qui stimule les affaires LPP.

Pour l'assurance privée, le problème en assurance-vie collective ne réside pas dans les volumes, mais dans la détermination de paramètres exacts et durables.

Recul en assurance-vie individuelle

L'assurance-vie individuelle qui, en 2002, apparaissait encore dans les comptes avec un bon résultat de 11,3 milliards de francs a, l'an dernier, évolué de manière plus que décevante. Nos premières estimations font état d'un recul du volume des primes de plus de 12%, la régression dans les affaires à prime unique ayant été ici déterminante. Certaines compagnies signalent une réduction de 50% ou davantage. Heureusement, les primes périodiques qui ont légèrement progressé en affaires individuelles sont parvenues à compenser – ne serait-ce que partiellement – cette tendance négative. On a l'impression que beaucoup de clients escomptent une prochaine et sensible amélioration des taux d'intérêt. Ceci n'est pas sans retentir négativement sur nos opérations, car l'assurance sur la vie paraît moins attrayante en tant qu'instrument de prévoyance. Depuis quelque temps, on écrit et spécule sur une telle remontée des intérêts en se référant au rétablissement conjoncturel et aux risques d'inflation. Mais, jusqu'ici, on ne dénote aucun signe annonçant des rendements d'obligations nettement supérieurs. Globalement, en assurance-vie (collective et individuelle), nous prévoyons pour 2003 un recul d’environ 4%. Le transparent présente les primes vie des dernières années.

En ce qui concerne les prestations, il faut à nouveau cette année relever l'évolution peu réjouissante dans le secteur de l'invalidité. Vous savez les énormes problèmes que connaît l'assurance-invalidité de l'Etat, soit celle du premier pilier; au cours des 3 années 2000 à 2002, elle a cumulé un excédent de dépenses de plus de 3 milliards de francs. De plus en plus ce sont des affections psychiques qui donnent droit à une rente. Des licenciements, restructurations, fusions etc., provoquent des problèmes psychiques. Il est évident que ces évolutions retentissent aussi sur l'assu-rance-invalidité de la prévoyance professionnelle. Les assureurs-vie ne pourront faire autrement que de redresser la barre encore plus fermement que jusqu'ici. Il s'agit, en l'occurrence, d'adapter les primes d'une part et de revoir le traitement des cas d'invalidité d'autre part.

Repli du nombre de personnes occupées

Le mot clef «Management des coûts» a fait beaucoup parler de lui ces dernières années. Il serait toutefois faux de prétendre qu'auparavant l'assurance n'aurait pas accordé l'attention nécessaire à la question des frais. Nous faisons valoir, à bon droit, de n'avoir par exemple pas augmenté les effectifs du personnel de manière démesurée, même dans les périodes de forte croissance. En 2002, le nombre des personnes occupées a été réduit dans une proportion élevée pour notre branche. Nous nous attendons à ce que ce redimensionnement se soit aussi poursuivi l'année der-nière, encore que dans une moindre mesure. L'ASA s'occupe actuellement de réunir les données chiffrées afférentes aux effectifs des compagnies membres et, à l'accoutumée, nous pourrons en février faire connaître les tendances les plus marquées.

Il est difficile d'évaluer comment les effectifs du personnel évolueront ces prochaines années. Personnellement, je ne fais pas mien le pronostic selon lequel notre branche économique connaîtra encore une forte réduction. Il est certain qu'il y a toujours encore des possibilités de rationaliser les travaux auxquelles recourir sous la pression de la concurrence. Les services informatiques, ceux chargés de l'examen des propositions, les services des sinistres, le développement de produits et d'autres secteurs encore font constamment l'objet d'études pour voir le potentiel d'économies qu'ils présentent. Et même le service externe, qui jusqu'ici s'est montré très résistant à tout démantèlement, pourrait se trouver soumis à une pression accrue ces prochaines années. Par le passé, l'assurance privée suisse a occupé de manière relativement constante quelque 10'000 collaboratrices et collaborateurs dans le service externe (tout en relevant, en passant, que les femmes ne représentent que 6% de cet effectif; le conseil en assurance étant surtout une activité masculine).

La pression sur le service externe que je viens d'évoquer ne proviendra pas, en premier lieu, des canaux de distribution alternatifs tels que le e-commerce, le Telebusiness, le Direct mailing, etc., les choses s'étant quelque peu calmées de ce côté-là. C'est plutôt toute l'organisation du travail pour le traitement des affaires de masse qui peut être encore rationalisée. Mais nous constatons, en revanche, que le temps requis pour les conseils et le suivi de produits complexes – comme dans le domaine de la prévoyance – a tendance à augmenter et exige une spécialisation toujours plus poussée. De ce fait, un renforcement en personnel pourrait être nécessaire dans ce secteur. Les exigences accrues dans les domaines Risk Management, Asset-Liability-Management, communication, développement du personnel, etc., sont aussi manifestes. L'assurance reste une branche occupant un nombreux personnel!

Retour dans la zone bénéficiaire

J'ai soulevé la question de savoir si le renversement de tendance s'est opéré en 2003. Tel est le cas en ce qui concerne les résultats annuels comparés à ceux de 2002. Sur base des rapports intermédiaires établis au terme du 1er semestre 2003 et du 3e trimestre 2003, comme sur base des premières indications de tendance fournies par quelques compagnies membres de l'Association, nous nous attendons à un retour dans la zone bénéficiaire. Dans la plupart des entreprises d'assurance, les produits des placements ont de nouveau été en progression l'an dernier, et ce pour diverses raisons. Les investissements globaux de capitaux ont augmenté, le transfert des investissements sur des papiers-valeurs à revenu fixe a rapporté des recettes d'intérêts intéressantes (même s'il a fallu s'accommoder de rendements partiellement inférieurs), les cours ascendants sur les marchés des actions ont permis de réaliser des bénéfices, et il n'a pas dû être procédé à des amortissements record comme en 2002. Quant aux résultats techniques, ils se sont améliorés – comme déjà mentionné – dans plusieurs branches, notamment en assurance non-vie; des bons Combined Ratios ont en partie aussi pu être obtenus. Il importe toutefois de faire observer ici que la composition du portefeuille et l'orientation stratégique de la politique de vente peuvent conduire à des résultats tout à fait différents d'une compagnie à l'autre. C'est d'ailleurs ce que l'on a pu observer très nettement l'année dernière dans l'assurance-vie individuelle.

Nouvelle tendance positive, retour à la zone bénéficiaire, renforcement de la couverture en capitaux – tout cela sonne bien et je suis heureux de pouvoir le dire ici. Reste toutefois que le revirement ne va pas de soi. A elle seule l'amélioration de la situation sur les marchés des actions – un facteur exogène sur lequel l'assurance n'a guère d'influence – n'aurait pas suffi pour obtenir la consolidation. De considérables effort consentis à tous les niveaux hiérarchiques des entreprises ont été nécessaires pour pouvoir se rapprocher des objectifs ambitieux visés après le grand creux de fin 2002. De douloureuses interventions dans les structures établies ont parfois été inévitables. Quoi qu'il en soit, j'ai l'impression que la profonde reconversion que l'assurance suisse opère actuellement a jusqu'ici été absolument supportable du point de vue social.

Perspectives rassurantes

Une chose est claire: ce processus de reconversion n'est pas achevé, et de loin; il faudra encore un certain temps jusqu'à ce que la stabilité financière des entreprises d'assurance – et pas seulement des suisses – retrouve la situation à laquelle elles étaient parvenues en l'an 2000. Sans doute plusieurs actions ont, depuis une année, vu leur cours s'apprécier heureusement, comme d'ailleurs les cours d'assureurs suisses cotés, ce qui constitue un autre indice du ressaisissement de la branche. Mais vous êtes naturellement conscients de l'écart qui, dans la plupart des cas, sépare les cotations actuelles des cours extrêmes que ces actions ont connus. D'autres facteurs sont aussi là pour que l'évolution future ne suscite pas trop d'euphorie. Ainsi, tant en Suisse que dans nombre d'autres pays industrialisés, les moteurs de la conjoncture continuent à tourner au ralenti. Des investissements en progression dans le bâtiment et l'équipement ainsi qu'une consommation privée en hausse – et des revenus généralement plus élevés dans les entreprises et les ménages – sont de puissants stimulants pour l'industrie de l'assurance. Or, pour l'heure, la vente des assurances n'en a guère ressenti les effets.

Pour ce qui est du proche avenir, nous partons des suppositions que voici:

  • En assurance-vie nous tablons sur une expansion modérée mais durable du volume des affaires. Nous maintenons d'une part notre appréciation selon laquelle les produits inhérents au 3e pilier de notre prévoyance-vieillesse continueront à remplir une fonction importante. D'autre part, les assureurs-vie continueront aussi à être des partenaires et fournisseurs de prestations recherchés dans le secteur des affaires LPP.
  • En assurance non-vie également, l'évolution économique attendue contribuera à un accroissement modeste du volume des primes. La question de savoir si le «Hard Market» perdurera reste ouverte, encore que cela soit assez probable. Il n'y a plus guère de champ libre pour un «Cash-flow-underwriting», c'est-à-dire pour la vente de polices à n'importe quelle prime. Il faut au contraire s'attendre à ce que dans certaines branches – en assurance des véhicules automobiles ou en assurance de personnes (indemnité journalière de maladie, invalidité), par exemple – de nouveaux ajustements de primes soient nécessaires et aussi introduits.
  • Les charges de sinistres et les prestations progresseront en partie davantage que les primes. Ainsi, l'allongement de l'espérance de vie moyenne retentira nécessairement sur les rentes. En outre, la tendance à devoir verser des prestations toujours plus élevées en cas de dommages dus aux véhicules automobiles devrait se maintenir, et ce tant au titre des frais de réparation que pour les frais de traitement et en cas d'invalidité. La problématique du taux élevé d'incapacité de travail par suite de maladie et d'invalidité est connue, et les choses ne changeront que si la situation économique et de l'emploi s'améliore durablement. Enfin, les météorologues estiment que la survenance de dommages sévères dus aux forces de la nature devient toujours plus probable.
  • Dans l'agenda de l'assurance, le management des coûts continuera à occuper une place prioritaire. Nous considérons cependant comme assez peu probable que des plans de suppressions massives d'emplois soient annoncés et mis à exécution. Dans le même ordre d'idées, on ne connaît pas de grands projets en ma-tière d'Outsourcing de fonctions passant de compagnies d'assurances à des fournisseurs de prestations externes à la branche. En revanche, le recentrage stratégique sur les compétences essentielles et les marchés principaux auxquels aspirent la plupart des compagnies devrait permettre de gagner en efficience.
  • En matière d'investissements financiers, le Risk et Asset-Liability Management rigoureux est au premier plan. L'évolution positive des indices boursiers à partir du 2e trimestre 2003 ne fera pas renoncer les compagnies à fortement limiter leurs engagements en actions. L'évolution des intérêts et les risques monétaires pourraient présenter quelques risques. La tendance des compagnies d'assurances à assumer des risques a été ajustée et leur capacité réduite de les assumer. Et il ne faut donc plus compter sur des rendements financiers élevés provenant d'investissements à caractère spéculatif.
  • En conclusion: la recherche conséquente de résultats techniques équilibrés et la moindre disposition à prendre des risques dans les opérations financières font que l'assurance dispose à nouveau d'un raisonnable potentiel de rendement pour l'année en cours. Bien entendu, ma confiance implique qu'aucun sinistre extraordinaire ou autres événements similaires ne surviennent.

 Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification le 27. octobre 2010