Le secteur suisse de l’assurance s’affirme avec succès

Erich Walser

Erich Walser

Erich Walser
Président de l'Association Suisse d'Assurances ASA
Conférence de presse, 20 janvier 2010
Hotel Savoy Baur en Ville, Zürich

Seul le texte prononcé fait foi.

Mesdames, Messieurs,

Au nom de l’Association Suisse d’Assurances, je vous souhaite la bienvenue à notre conférence de presse annuelle 2010. A cette même place, il y a une année, je me suis montré prudemment optimiste pour les assureurs malgré la crise mondiale des marchés financiers. Cette crise n’est pas encore surmontée et ses séquelles vont nous préoccuper longtemps encore. Je suis donc d’autant plus heureux que les événements soient venus donner raison à mon optimisme. La crise des marchés financiers n’a certes pas manqué d’avoir sur le secteur de l’assurance des incidences sur lesquelles je reviendrai encore, mais, et quoi qu’il en soit, les assureurs privés ont pu s’affirmer avec succès l’an dernier et ont ainsi montré leur capacité à résister aux crises.

Par leur haute création de valeur et leur productivité, les assureurs suisses contribuent à la prospérité de la Suisse dans une mesure supérieure à la moyenne. Les quelque 50'000 per-sonnes qu’ils occupent en Suisse – 1% en chiffre rond des salariés de notre pays – réalisent environ 4,2% du produit intérieur suisse. L’assurance présente ainsi, par poste de travail, la création de valeur la plus élevée de toutes les branches.

Mais jetons un coup d’Sil sur 2009. L’année écoulée se caractérise par :

  • une légère croissance des assurances dommages
  • un faible recul des primes en assurance vie
  • de bons résultats de l’activité opérationnelle
  • une tendance à vouloir une plus forte intervention de l’Etat

Je vais maintenant jeter un coup d’Sil rétrospectif sur l’exercice 2009, suivi d’un bref exposé sur les mois à venir. Ensuite, Lucius Dürr, directeur de l’ASA, vous présentera les points stratégiques dominants de l’assurance privée d’ici à 2015.

Dans une troisième partie, Bruno Pfister, président de la direction du groupe Swiss Life, et la Conseillère nationale Christa Markwalder, focaliseront leurs interventions sur le taux de conversion LPP et vous exposeront chacun pourquoi ce taux doit être abaissé.

Tous les textes et transparents de notre conférence de presse sont réunis dans le dossier de presse qui vous a été remis. Après les divers exposés, nous serons à votre disposition pour répondre à vos questions.

Ensemble des affaires dommages

Au cours de l’exercice 2009, les affaires dommages suisses ont, comme en 2008, enregistré une légère augmentation. Pour l’ensemble de l’année, toutes compagnies et branches confondues – à l’exception toutefois des affaires accidents et maladie des caisses maladie – nous tablons sur une croissance du volume des primes de 0,7%. Le marché de l’assurance dommages a tendance à la saturation et, de ce fait, à un renforcement de la concurrence. Dans l’assurance dommages, les diverses branches affichent une évolution des primes différenciée.

Assurance des véhicules automobiles

La concurrence déjà intense qui régnait dans le secteur de l’assurance des véhicules automobiles s’est encore accentuée. Il ressort de nos estimations que le volume des primes régressera légèrement, d’environ 0,4%, tant dans l’assurance responsabilité civile des véhicules automobiles que dans l’assurance casco. Cette évolution n’est pas pour nous surprendre, car ces dernières années le taux de croissance s’est de plus en plus nivelé. S’ajoute à cela que le goût soutenu pendant plusieurs années pour des véhicules de plus en plus grands et puissants n’a plus cours, et que le nombre des nouveaux véhicules immatriculés régresse.

Assurances incendie, dommages naturels et autres assurances de choses

La croissance dans le secteur incendie, dommages naturels et autres assurances de choses s’inscrit à 1%. Nous expliquons cette évolution par l’augmentation des valeurs assurées.

Assurance accidents

Dans l’assurance accidents, nous attendons pour l’année 2009 une croissance de 1,8%, notamment due à une nette augmentation des primes de 4,6% dans l’assurance obligatoire des accidents non professionnels. A cet égard, le fait que le secteur des services a encore été en expansion en 2009 a joué un rôle. Par ailleurs, la charge des sinistres plus élevée due à des accidents survenus pendant les loisirs a nécessité un relèvement des primes.

Ensemble des assurances vie

L’an dernier, l’évolution des primes dans les affaires de l’assurance vie suisse collective et individuelle s’est ressentie des incidences de la crise qui a frappé les marchés financiers et l’économie. Selon nos estimations, les primes se sont chiffrées à 28,9 milliards de francs, ce qui équivaut à un léger recul de 2,6%. C’est surtout la régression des primes des affaires vie collective qui en est la cause. Elles ont baissé de 3,5%, tandis que le volume des primes des affaires vie individuelle a légèrement progressé de 0,3%.

Affaires vie collective

Le recul de 3,5% en assurance vie collective peut, à première vue, paraître important, mais il n’est toutefois pas inquiétant. En 2009, les affaires collectives ont marqué le pas en ce qui concerne la concurrence entre les caisses de pension (semi-) autonomes et les fondations collectives offrant une garantie totale des assureurs vie. Pour rappel : à fin mars, six caisses de pension sur dix présentaient une insuffisance de couverture. Les entreprises qui étaient affiliées à une telle caisse auraient dû, si elle passaient à une fondation collective des assu-reurs vie, compléter le financement de leur Suvre de prévoyance ou mettre l’insuffisance de couverture à la charge de l’avoir de vieillesse surobligatoire des assurés – chose impossible pour beaucoup, eu égard à la situation économique difficile.

Plusieurs employeurs auraient certainement passé à une solution d’assurance complète offrant des garanties étendues. Preuve en est les rares entreprises qui ont passé à des caisses de pension (semi-) autonomes. Que les primes 2009 aient régressé de 0,9% doit plutôt être attribué à la concurrence que les assureurs se livrent entre eux et aux taux préférentiels accordés sur les primes. En affaires vie collective, les primes uniques sont en repli de 5,9%. Ceci provient notamment de ce que le nombre de nouveaux emplois ainsi que les rachats volontaires dans des caisses de pension ont diminué en raison de la crise économique.

Affaires vie individuelle

Le volume des primes des affaires vie individuelle suisses a progressé de 0,3% l’année dernière, ce qui est un bon résultat, eu égard à la faiblesse des taux sur le marché des capitaux.

Les primes des assurances vie individuelle liées à des fonds de placement et financées par prime unique ont fortement régressé : -23%. Nous expliquons notamment ce phénomène par le fait qu’une partie des contrats portant sur des polices liées à un fonds de la première génération n’ont pas été renouvelés. En revanche, la propension à souscrire des assurances vie individuelle liées à un fonds et financées par des primes périodiques s’est maintenue : +4,6%. Les clients trouvent dans ce segment un large éventail de produits répondant à leur capacité d’encourir des risques et de les accepter.

L’assurance vie individuelle à prime unique a régressé de 0,1%, mais par contre celle à pri-mes périodiques a progressé de 0,4%. Alors que le volume des primes a régressé de 1,5% dans l’assurance de capital individuelle à primes périodiques, il a progressé de 25% pour les assurances de capital individuelles financées par une prime unique. Nombre de clients ont cherché un placement sûr pour leur épargne, et le fait que le taux technique devait être abaissé à 1,75% au 1er janvier 2010 a contribué à stimuler la demande.

L’an dernier, les assurances de rentes individuelles n’ont pas pu se développer. L’évolution des primes est loin d’être homogène : alors que le segment des assurances de rentes indivi-duelles financées par des primes périodiques est en nette progression (+13%), le segment financé par une prime unique est en recul (-4,9%). Les assurances individuelles de rentes sont toujours pénalisées du point de vue fiscal : l’impôt sur le revenu frappe les prestations, ce qui aboutit en règle générale à une surimposition, et est en contradiction flagrante avec la volonté de l’économie nationale d’encourager la prévoyance individuelle facultative.

Solidité des activités opérationnelles

L’année dernière, la Suisse a été largement épargnée et n’a pas eu à déplorer de sinistres majeurs. Les dommages les plus importants ont été provoqués par les chutes de grêle du 23 juillet, et les assureurs privés ont versé à leurs assurés un montant de CHF 438 millions pour ces dommages. Les activités opérationnelles essentielles des assureurs privés suisses sont solides et devraient, en 2009 également, se solder par de bons résultats techniques. Grâce à l’évolution positive des marchés des capitaux, les revenus mobiliers des compagnies d’assurances seront sensiblement plus élevés qu’en 2008, ce qui retentira positivement sur les comptes de résultats.

Les assureurs privés suisses abordent ainsi l’année 2010 avec confiance. Mais que nous réserve 2010 ? Je me limiterai à quelques sujets essentiels :

  • la surveillance nationale et internationale
  • la révision de la loi sur le contrat d’assurance (LCA)
  • la protection des consommateurs au niveau de l’UE
  • la situation de l’assurance tremblements de terre
  • la révision de la loi sur l’assurance accidents (LAA)
  • l’assurance maladie
  • la prévention

La surveillance nationale et la réglementation

Une place financière fonctionnant bien implique une surveillance intégrée des marchés financiers. Cette dernière est décisive pour une reconnaissance internationale et est dans la ligne des évolutions internationales. L’ASA a ainsi soutenu la mise en place de la Finma, qui est opérationnelle depuis le 1er janvier 2009. Les premières expériences sont tout à fait positives. La circulaire relative à la directive sur les systèmes de rémunération publiée par la Finma en novembre a toutefois rendu publics quelques domaines problématiques d’une surveillance intégrée des marchés financiers. Les modèles d’entreprise des banques et des assurances sont différents. Les structures de distribution, les manières de constituer des provisions, l’actuariat et beaucoup d’autres facteurs sont spécifiques à l’assurance. La circulaire relative à la directive sur les systèmes de rémunération ne tient pas compte de ces particularités.

De même, dans plusieurs cas, la communication entre les spécialistes de la Finma et les experts des assureurs privés ne fonctionne pas sans problèmes et doit donc être améliorée. Nous avons toutefois bon espoir qu’une culture de communication fructueuse et factuelle se développera.

Permettez-moi de me prononcer ici d’une manière générale sur la tendance actuelle à tout vouloir réglementer au niveau national. Il y a quelques années encore, la volonté de limiter les lois au strict nécessaire dans un esprit de responsabilité personnelle et d’autorégulation prédominait. Aujourd’hui, nous percevons une tendance à la surréglementation – une conséquence aussi de la crise des marchés financiers. Ceci apparaît dans la législation en général, comme dans les ordonnances et directives en particulier, ce qui n’est dans l’intérêt ni des assurés ni des assureurs. Nous profitons tous de notre système économique libéral : les lois doivent être réduites au minimum nécessaire dans l’esprit de la prééminence des principes. En dépit de cela, l’appel à davantage d’État devient plus perceptible – qu’il s’agisse de l’exigence d’une caisse maladie unique ou de l’extension du monopole partiel de la Suva. Je reviendrai encore sur ces deux points.

L’extension de monopoles est tout aussi choquante que le fait que des établissements monopolistiques à l’abri d’une âpre concurrence se mettent à « braconner » dans le libre marché de l’assurance. La révision totale de la loi sur l’assurance immobilière du canton de Berne AIB est un exemple d’actualité. La révision a pour objectif d’adapter la loi, qui remonte à près de 40 ans, aux besoins des clients et aux risques. Or, quelques propositions vont largement au-delà de cet objectif et octroient à l’Assurance immobilière du canton de Berne AIB de larges compétences pour développer ses activités en matière d’assurance.

L’ASA s’oppose résolument à l’extension des activités d’assurance de l’AIB. Comprenons-nous bien : l’ASA ne s’oppose ni à la révision de la loi sur l’assurance des bâtiments ni à l’arrivée d’un nouveau concurrent sur le marché de l’assurance. Mais si l’État se met à concurrencer les privés, les mêmes règles de jeu devraient s’appliquer à tous. Concrètement, cela veut dire que l’assurance complémentaire doit être pratiquée de même manière que les activités accessoires le sont par une société indépendante de droit privé, soumise aux règles plus strictes de la loi sur la surveillance des assurances et contrôlée par la Finma. C’est ainsi seulement qu’il peut être garanti que les assureurs privés sont, en tant que concurrents directs, logés à la même enseigne. Ne pas satisfaire à ces conditions équivaudrait à une violation de la liberté économique.

SST et Solvency II

Avec la nouvelle loi sur la surveillance des assurances, c’est une nouvelle philosophie en matière de législation de surveillance qui s’est fait jour. Au lieu d’édicter des dispositions procédant de règles pour pratiquement chaque détail, c’est la règle de la prééminence des principes qui prévaut. Le Swiss Solvency Test, SST en bref, est un bon exemple de la surveillance basée sur des principes. Il donne une image de la situation de risque actuelle et de la capacité de l’entreprise à les assumer.

Le SST est entré en vigueur en 2006, et ses dispositions transitoires expirent à fin 2010. Ainsi, notre pays a une longueur d’avance sur le développement que l’Europe connaît parallèlement avec Solvency II. Cela peut être favorable pour la réputation de la place financière suisse, mais nous oblige à suivre attentivement et d’un Sil critique l’aménagement de la directive européenne Solvency II. Nous escomptons qu’il n’en résultera aucun désavantage pour nous au niveau de la concurrence internationale. Solvency II n’entrera en vigueur qu’à fin 2012. On ignore encore quelle sera la durée des dispositions transitoires et à quel niveau se situeront les exigences en capital propre sous Solvency II. Ces détails dépendent des débats politiques et ne seront fixés qu’en automne 2011.

Pour les compagnies suisses, il importe qu’elles entrent en concurrence à armes égales. L’ASA cherche donc à obtenir que soit reconnue l’équivalence de la surveillance entre l’UE et la Suisse. Les groupes d’assurance suisses ne seraient alors contrôlés dans l’espace UE et en Suisse que par une seule autorité de surveillance, la Finma. La Suisse recherche une équivalence en matière de solvabilité des groupes, de réassurance et de surveillance des groupes.

En octobre 2010, la Commission de l’UE proposera les premiers pays dont l’équivalence doit être examinée. Selon toute probabilité, la Suisse en fera partie. Quant à savoir si le SST sera reconnu comme équivalent à Solvency II, la décision n’interviendra qu’en été 2012.

Révision de la loi sur le contrat d’assurance

La loi sur le contrat d’assurance LCA qui a eu cent ans le 1er janvier 2010 fera l’objet d’une révision totale. Il y a une semaine, le Conseil fédéral a publié les résultats de la consultation relative à cette révision et a fixé la marche à suivre. L’aménagement futur de la LCA est d’une importance capitale pour le secteur de l’assurance, vu qu’il réglera les relations contractuelles entre les assureurs et leurs clients et aura une influence sur l’aménagement des produits des assureurs.

L’ASA est absolument favorable à une modernisation de la LCA. De l’avis des assureurs privés, le projet de révision devrait toutefois être remanié tant en ce qui concerne des questions particulières qu’au niveau conceptionnel.

Le projet actuel entrave sérieusement la liberté contractuelle. Environ 85% des 126 articles afférents au droit des contrats sont des normes impératives et 15% seulement relèvent du droit dispositif, soit de règles dont les parties peuvent s’écarter dans leurs contrats. A titre de comparaison : dans la LCA actuelle, seuls près de la moitié des articles relèvent du droit dispositif. L’extension des normes impératives procède d’une bonne intention : elle doit mieux protéger les preneurs d’assurance. L’ASA reconnaît qu’en raison de la complexité du produit « assurance », la protection du preneur d’assurance revêt une importance particulière. Reste que chaque preneur d’assurance n’a pas, et de loin, besoin de protection – je pense ici au secteur des entreprises, par exemple. Des normes de protection impératives devraient déployer leurs effets pour les clients qui ont effectivement besoin de cette protection.

De plus, les modifications qui sont intervenues dans le contexte de la révision partielle de la LCA ne doivent pas être déjà remises en question.

Ainsi, il a été satisfait aux exigences essentielles des consommateurs, par exemple par une transparence accrue des opérations d’assurance pour le client. Ces modifications sont le fruit d’un processus de révision qui a duré six ans et dont la mise en application a demandé beaucoup de travail aux compagnies. Il faut s’y tenir.

Aux fins d’établir une réglementation efficiente, la nouvelle LCA devrait aussi se concentrer sur les questions spécifiques à l’assurance et au droit contractuel. C’est pourquoi l’ASA intervient pour que seuls y soient réglementés les points pour lesquels les particularités du produit « assurance » justifient une dérogation au droit contractuel du Code des obligations. Tout le reste doit être laissé au Code des obligations ou au droit privé.

La révision totale de la LCA devrait aussi accorder une attention toute particulière à la fraude à l’assurance : la solidarité est à la base du système de l’assurance privée. Or, le danger que certains s’enrichissent au détriment de la communauté des assurés est réel. Les abus éven-tuels doivent être efficacement sanctionnés, sans quoi l’incitation à la fraude à l’assurance est trop forte, ce qui renchérit la protection qu’apporte l’assurance et tombe finalement à la charge de la communauté solidaire des assurés.

Et, last but not least : il est indispensable d’examiner les incidences économiques de ce projet du siècle. Aucune disposition entraînant des charges excessives pour les assureurs ne devrait être introduite dans la nouvelle LCA sans qu’il en résulte une plus-value notable pour les clients, car cela entraînerait un gonflement des coûts qui se répercuteraient finalement sur les primes. Nous sommes dès lors heureux que le Département des finances ait demandé une analyse approfondie des incidences économiques d’une révision de la LCA. Nous escomptons que l’évaluation de ces effets s’achèvera cette année encore.

Protection des consommateurs au niveau UE

En 2010, un bouquet d’initiatives législatives touchant à la protection des consommateurs va soulever des discussions dans l’UE, tout en ayant aussi de l’importance pour les assureurs suisses. Ainsi, la Commission européenne veut uniformiser et améliorer la protection des investisseurs dans le secteur des produits pour petits investisseurs appelés aussi « Packaged Retail Investment Products » ou, en bref, PRIP. Cette initiative vise les pratiques de distribution ainsi que les obligations précontractuelles d’informer le client. Les assureurs suisses opérant dans l’UE dans le domaine des « assurances vie comportant un élément de placement » sont directement concernés. La Commission européenne va lancer, probablement au cours du premier semestre 2010 déjà, une procédure de consultation portant sur les mesures législatives possibles.

La commercialisation de produits d’assurance fait l’objet d’une autre révision : la directive européenne sur les intermédiaires d’assurance. Il est prévu que la Commission présentera ses propositions de révision d’ici fin 2010.

Par ailleurs, un aménagement des dispositions UE contre la discrimination est en cours. Une nouvelle directive doit venir compléter et parfaire la directive antiracisme et unisexe datant de 2000 et 2004. A cet effet, la Commission européenne a, l’année dernière, commandé une volumineuse étude sur l’utilisation de l’âge, d’un handicap, du sexe, de la race, de la reli-gion/conception du monde et de l’orientation sexuelle dans le secteur des services financiers.

En 2010, la Commission européenne publiera en outre un livre blanc sur les systèmes de sécurité en cas d’insolvabilité d’entreprises d’assurance dits Insurance Guarantee Schemes ou IGS. Tous les Etats membres de l’UE ne disposent pas de systèmes protégeant les preneurs d’assurance en cas d’insolvabilité de leur entreprise d’assurance.

En collaboration avec le CEA, son association faîtière européenne, l’ASA va suivre d’un Sil critique ces initiatives législatives, et ce d’autant plus que nous partons de l’idée qu’une partie de ces initiatives UE exerceront une influence sur la révision de la LCA.

Révision de la loi sur l’assurance accidents

Il y aura bientôt deux ans que le Conseil fédéral a approuvé le message sur la révision de la loi sur l’assurance accidents LAA. Le Conseil national traitera ce projet au plus tôt dans sa session d’été 2010.

L’assurance accidents obligatoire est un secteur d’activité important pour les assureurs pri-vés. Plus de 20 assureurs accidents privés et 10 assureurs maladie reconnus assurent plus de 1,5 million de personnes travaillant à temps complet dans plus de 70% de toutes les entreprises. Les assureurs privés ont depuis longtemps apporté la preuve qu’ils pratiquent l’assurance accidents à la satisfaction de toutes les personnes concernées. L’ASA est d’autant plus surprise par deux décisions de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N) qui s’est prononcée pour que l’établissement semi monopolistique qu’est la Suva soit à l’avenir autorisé à proposer aux entreprises qui lui sont subordonnées des assurances complémentaires dans le secteur surobligatoire également. En novembre 2008 déjà, la CSSS-N avait décidé que l’agriculture et toutes les entreprises du système de santé devaient être subordonnées à la Suva.

L’ASA considère que ces décisions sont inquiétantes du point de vue de la gouvernance poli-tique, et irrecevables du point de vue du droit constitutionnel. Les désirs d’expansion de la Suva – élargissement de sa sphère de compétence, nouvelles activités accessoires et assurance complémentaire – constituent une violation de la neutralité concurrentielle et, par là, de la liberté économique ancrée dans la Constitution fédérale. Ce ne sont pas seulement les assureurs privés qui en arrivent à cette conclusion, mais aussi divers juristes avisés. Une analyse des coûts/avantages de l’assurance accidents obligatoire, effectuée par le professeur Franz Jaeger, met en évidence que les désirs d’expansion de la Suva sont contestables du point de vue économique également.

En accord avec beaucoup d’entreprises concernées, l’ASA demande que la volonté initiale du législateur soit rétablie. En raison de dispositions législatives mal formulées et d’une jurisprudence contradictoire, la Suva a pu, ces dernières années, étendre son domaine de compétence, par exemple aux opticiens et aux horticulteurs, et ce à l’encontre de la volonté tant du législateur que des entreprises concernées. L’ASA s’engage toutefois pour davantage de concurrence et une plus large libéralisation dans l’assurance accidents obligatoire, ce qui ferait gagner en efficience et en innovation, accroîtrait la prise de conscience des coûts, permettrait de mieux s’adapter aux besoins des clients et réduirait les primes.

Assurance contre les tremblements de terre

En Suisse, les séismes sont le danger naturel présentant le potentiel destructeur le plus élevé qui soit. Mais, ici précisément, la couverture de ce risque présente de graves lacunes, du fait qu’en Suisse la plupart des bâtiments ne sont pas assurés contre les dommages dus aux tremblements de terre. L’ASA relève dès lors avec satisfaction que le Conseil fédéral a, en avril 2009, décidé de renforcer la prévoyance dans ce domaine par un train de mesures.

Les assureurs privés et les établissements cantonaux d’assurance ont mis au point une solu-tion commune pour une assurance tremblements de terre solidaire couvrant l’ensemble du territoire, et qui pourra être intégrée à titre de nouvelle garantie dans l’actuelle assurance des dommages dus à des événements naturels. Une telle protection d’assurance serait nettement plus avantageuse que les solutions individuelles et facultatives retenues jusqu’ici. Avec l’assurance tremblements de terre, les assureurs contribuent largement aux intérêts de la population dans son ensemble et de l’économie en Suisse. Il s’agit maintenant de mettre ce projet en Suvre au niveau politique. Pour les assureurs privés, il faut que le Conseil fédéral décide d’adapter l’OS afin de pouvoir inclure le risque de séisme dans l’assurance contre les dommages naturels.

Assurance maladie

L’an dernier, une branche d’assurance a été plus particulièrement dans le collimateur des médias en raison de l’augmentation annoncée de ses primes : l’assurance maladie, on s’en doute ! Ces augmentations sont particulièrement élevées du fait que les primes des caisses maladie ont, ces dernières années, été artificiellement maintenues à un bas niveau. En 2009, des pertes techniques élevées et des réserves épuisées ont rendu inévitable une adaptation des primes. Il est évident qu’il n’y a aucun moyen d’éviter des primes couvrant les frais, et pourtant le tollé a été général.

Au lieu de rechercher des solutions permettant de maîtriser des coûts galopants, on discute des formes d’organisation des assureurs maladie en soulevant par exemple la question des caisses dites bon marché. L’idée d’une caisse unique renaît aussi de ses cendres, bien qu’elle ait déjà été rejetée à une nette majorité, tant par le peuple que par les cantons.

Une caisse unique n’est pas à même de réduire les coûts. Un exemple : les économies en frais d’acquisition souvent évoquées dans les discussions sur la caisse unique sont en général surestimées. Dans les caisses maladie, les frais d’administration représentent actuellement un peu moins de 6 pour cent de tous les frais. Seul un sixième de ceux-ci sont des frais d’acquisition et de marketing. Une caisse unique ne permettrait donc d’économiser que 1 pour cent du volume des primes au maximum.

Une caisse unique, qu’elle se situe au niveau fédéral ou des cantons, ne soulage donc pas le payeur de primes, mais est source d’importants désavantages. Elle affaiblit la concurrence sans résoudre la question des coûts et enlève la liberté de choix aux assurés. En outre, la question de son financement n’est pas résolue.

La concurrence actuelle a déjà contribué à réduire les coûts de gestion. Elle permet aux assureurs maladie de s’organiser de manière différente dans les limites de la loi sur l’assurance maladie. Ceci stimule la mise au point de modèles d’assurance innovateurs tels que le Managed Care et permet aux consommateurs de choisir entre différents produits. A notre avis, le bon moyen de réduire les frais réside dès lors dans le réexamen du catalogue des prestations, dans la planification coordonnée du secteur des hôpitaux et de la médecine de pointe, ainsi que dans la suppression de l’obligation de contracter.

L’ASA est convaincue que la surréglementation et les rôles contradictoires de la Confédération et des cantons sont les principales insuffisances du système de l’assurance maladie et accidents. Il est capital de tirer au clair la répartition des rôles entre l’État et le secteur de l’assurance. L’État doit être compétent en matière de politique sociale et de surveillance, tandis que les assureurs ont la compétence pour pratiquer les affaires d’assurance en étant en concurrence entre eux.

Prévention

Une préoccupation essentielle des assureurs privés est de faire connaître les dangers et de promouvoir un comportement responsable. Pour terminer, je voudrais attirer votre attention sur la campagne de prévention « Slow Down. Take it Easy » que nous avons lancée en octo-bre 2009 en collaboration avec le Bureau suisse de prévention des accidents bpa. Elle doit inciter les automobilistes et motocyclistes à adapter leur vitesse aux conditions de la route, du trafic et de la visibilité, ainsi qu’à leurs propres capacités. Cette campagne innove complètement, en ce sens qu’elle ménage un accès émotionnel et positif au sujet. La campagne rencontre auprès des jeunes conducteurs et motocyclistes un succès supérieur à celui escompté. Sur son Facebook, la campagne compte plus de 80'000 fans et nous avons de la peine à suivre avec l’envoi de son autocollant, 150'000 ayant déjà été commandés. La demande de la chanson de la campagne a été si élevée que nous l’avons aussi sortie en single, ce qui l’a placée à la 5e place du hit parade. Coolness et décontraction ne sont pas d’ordinaire des particularités que l’on attribue aux assureurs, et elles ne doivent d’ailleurs pas l’être, car la sécurité et la fiabilité sont plus importantes à nos yeux. Mais vous le voyez : nous pouvons aussi être différents !

J’en suis arrivé au terme de ma rétrospective et de nos perspectives pour les mois passés et à venir concernant le secteur suisse de l’assurance. Je vous remercie de votre attention.

Dernière modification le 27 octobre 2010